Adrien Bril.

Par delà les mers!

Salvador de Bahia

A venir… (bientôt!)

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Journal de bord : Cap Vert- Brésil

Me voilà arrivé au Brésil depuis bientôt trois mois et je réalise que je n’ai toujours pas donné de nouvelles, le dernier message date de mon anniversaire au Cap-Vert… Certains y verront peut-être une tentative inconscience de figer le temps à ce cap des 30 ans, mais je pense plutôt que je me suis vite imprégné de l’indolence bahianaise, qui a trouvé un terreau fertile .Je ne vais donc pas me dédouaner complétement, mais j’essaierai de faire des efforts à l’avenir pour donner des nouvelles plus fréquentes (je me rappelle avoir souvent pris ce type d’engagements auprès de mes directeurs durant la rédaction de ma thèse, sans pour autant arriver à m’y tenir, on verra bien) ! Je vais donc commencer  par résumer la fin du voyage jusqu’à Salvador, en rassemblant mes souvenirs de cette traversée qui semble déjà si lointaine, et les quelques notes éparses que j’avais prises alors.

11 avril – Plein sud

La « réelle » traversée de l’atlantique a maintenant commencée, depuis le départ du Cap-Vert, il y a 4 jours. Contrairement aux transats en direction des Caraïbes filant plein ouest, nous avis mis le cap au 180 afin de descendre au maximum au Sud avant d’ouvrir vers le Brésil. Cela devrait faciliter le passage du pot-au-noir, et nous éviter de remonter trop longtemps au près et à contre-courant une fois dans l’hémisphère sud.

Jusqu’à maintenant les conditions de vent sont bonnes, on continue de profiter des alizées qui restent stables, et l’on conserve une bonne moyenne, autour de 160 à 180 miles journaliers.

13 avril – Pot-au-noir

Nous traversons depuis quelques jours le pot-au-noir, jargon nautique désignant la ZIC ou ZCIT (zone de convergence intertropicale), une bande de quelques centaines de kilomètres de large entourant la terre au niveau de l’équateur. Il s’agit pour faire simple de l’équateur climatique, dont la position et la taille peuvent varier en fonctions des saisons, de l’angle d’incidence du soleil, de la topographie.

Souvent craint pour ses conditions météos instables, résultant de l’humidité, de la chaleur, et de la convergence des alizées, le pot-au-noir est connu pour ses violents orages localisés, mais surtout pour ses longues périodes de calme plat, sans le moindre vent.

Jusqu’à maintenant nous avons rencontré relativement peu de grains, mais cette fameuse pétole est bien là! Absence de houle et vents inconstants, trop faibles, que l’on compense en appuyant au moteur. D’immenses bancs d’algues flottent à la dérive, entravant les safrans et les pales de l’hélice. Freinant considérablement le bateau, ils nous obligent à de fréquentes marches arrière pour s’en dégager. Le soleil tape. Fort. Après les grands froids des deux premières semaines on souffre maintenant de la chaleur. Tout l’habillement décrit plus tôt a été troqué pour un simple caleçon, et un tee-shirt en journée pour se protéger du soleil. On a improvisé des bâches dans le cockpit (la partie extérieure à l’arrière du bateau) avec des chutes de moquette pour se faire un peu d’ombre. J’ai fait l’erreur de passer un de mes quarts dessous torse-nu, pensant être suffisamment abrité, qui s’est soldée par 3 jours sans pouvoir m’allonger sur le dos… La peau brulante et écarlate, parsemée de cloques malgré les applications répétées de Biafine, a fini par peler quelques jours plus tard. On ne m’y reprendra pas…

Pour le reste la vie nu-pieds sous l’équateur est agréable. On a arrêté le bateau à plusieurs reprises pour se baigner dans une eau à 31°, au milieu de l’océan, avec plus de 4000 mètres de profondeur sous nos brasses. Les conditions de navigation très calmes ont permis de relâcher la pression. Quelques bonnes cuites, des parties d’échecs, de backgammon. J’ai avalé une dizaine de bouquins, sorti la trompette à quelques reprises, et ai même réussi à bosser un peu sur un article de thèse que je devais finir !

14 avril – Équateur

Passage de l’équateur autour de vingt heures… à la nage ! Et ce sous un ciel d’étoiles impressionnant, juste après un des plus beaux couchés de soleil que nous ayons eu jusque-là. Les planètes sont particulièrement lumineuses sous ces latitudes. Il semble qu’il n’y ait qu’autour de l’équateur que l’on puisse les voir ainsi, je n’ai pas bien compris pourquoi, mes connaissances en astronomie étant proches de zéro, mais cela ne m’empêchait pas de profiter du spectacle. Grand plongeon du haut du cockpit après avoir affalé les voiles, suivi de cinquante mètres de crawl pour franchir cette ligne immatérielle séparant les 2 hémisphères. En l’absence de vagues et de vent je nageais dans un silence complet, et dans une nuit sans lune, seulement éclairé par les étoiles et le halo de lumières créé par le phytoplancton s’éveillant à mon passage. Beau moment, qui marque ma première entrée dans cette moitié du globe.

17 avril – Brasil, chegamos !

Peu à signaler. Le vent est progressivement revenu et nous sommes finalement sortis du pot-au-noir. Fini les bancs d’algues à éviter, les marches arrières, le moteur. De nouveau du silence, du souffle dans les voiles, sur nos visages. On navigue maintenant au près, une première après ces 20 jours au portant, qui oblige à prendre de nouveau repères. A régler les voiles différemment, à se servir de nouveaux « outils », comme le chariot d’écoute de foc ou les penons. La vie à bord est assez stable. Chacun a plus ou moins trouvé ses marques, les gueulantes du capitaine se font plus rares. Le rythme est bon, le moral aussi, et l’on voit le brésil se rapprocher de plus en plus sur les cartes de nos consoles.

21 avril – Descentes des côtes brésiliennes

Longues journées rythmées par le souffle de Donald Byrd, les mots de Giono, de Marcel Pons. Longues nuits bercées par le gembri de Majid Beckas, ou la voix de Jean Claude Ameisen, dont Camille m’a partagé une trentaine d’émissions que j’écoute sur le baladeur.

Records de lenteur pour cette dernière partie de la traversée. Une fois passé les iles Fernando de Noronha, au large de la pointe du continent, et rejoint les côtes brésiliennes, les 500 derniers miles se montrent éprouvants. Le vent semble nous refuser l’arrivée. Mer d’huile, pétole. Rarement plus de 2 nœuds (c’est-à-dire rien). Je pourrais probablement dépasser le bateau à la nage. Les réserves d’essences ont été épuisées, et l’on conserve précieusement les derniers litres pour l’entrée au port, obligeant à composer avec ces conditions poussives sans recours au moteur. On en vient à se ravir de dépasser les 3 nœuds, à parler aux éléments, à supplier le vent pour un peu plus de force, ou quelques degrés. Pour comprendre l’importance de ces quelques degrés il est probablement utile de faire une courte parenthèse pour quelques explications que je m’efforcerai de ne pas trop développer.

On distingue en voile le vent réel du vent apparent. Le vent réel est celui qu’on observerait d’un point fixe, et le vent apparent correspond à la combinaison du vent réel et de celui créé par le déplacement du bateau (pour donner un exemple, quand l’on dévale une pente à vélo on peut sentir un vent venant de face, même en l’absence de vent extérieur, c’est le « vent apparent » résultant du déplacement). Donc lorsqu’on navigue au portant (vent venant de l’arrière), le vent apparent (c’est celui qui nous intéresse pour faire avancer le bateau) se retrouve plus faible que le vent réel, le vent créé par le déplacement annulant celui soufflant de derrière. Pour un vent réel de 20 nœuds, si le bateau avance à 10 nœuds, le vent apparent sera d’environ 10 nœuds. Dans les mêmes conditions, mais en navigant au près (vent réel venant de face), ces valeurs s’additionneront, et l’on aura probablement 26/27 nœuds de vent apparent (car l’on reste légèrement de biais, le bateau ne peut pas remonter exactement face au vent). Au travers enfin (le vent soufflant à 90 degrés de la direction du bateau), le déplacement, perpendiculaire au vent, n’aura que très peu d’incidence, et la force du vent apparent sera donc presque identique à celle du réel. A la barre, ces effets sont évidemment à prendre en compte. Si le vent augmente brutalement dans un grain, on tendra à abattre (s’éloigner de l’origine du vent) pour réduire sa force apparente et soulager la voilure. A l’inverse, lorsque le vent est trop faible, on cherchera à lofer pour créer du vent apparent. Et c’est précisément dans cette situation que l’on se trouve actuellement. Le vent est tellement faible qu’il nous oblige à naviguer au près ou au travers. Malheureusement il vient très souvent de la direction inverse de notre destination, et, trop faible pour nous pousser au portant, nous force à suivre une route bien éloignée de notre objectif, parfois même à 90 degrés, augmentant la distance nous restant à parcourir…

Ces quelques jours ont permis d’entrevoir les difficultés des navigateurs de jadis, qui ne pouvaient recourir au moteur. Attente, impatience, frustration de ne pouvoir avancer… Il existe d’ailleurs une région entre le 30ème et le 35ème parallèle que l’on surnomme latitude des chevaux. A la frontière de deux cellules climatiques, cette zone est presque tout le temps dépourvue de vent et de précipitations. Elle tirerait son nom de l’époque de la conquête du Nouveau Monde, durant laquelle des galions espagnols transportaient des troupeaux entiers de chevaux vers les Amériques, et se retrouvaient parfois obligés, lorsqu’ils étaient bloqués trop longtemps sous ces latitudes, d’en tuer une partie pour éviter les pénuries d’eau ou la famine. On n’en est pas encore là heureusement ! Les vivres arrivent à leur fin, mais devraient suffirent pour les 2/3 jours restants. Et puis l’on n’a de toute façon pas de chevaux à bord !

22 avril – L’orage

Après des heures sans dépasser 3 nœuds de vent (et de vitesse…), s’abat enfin sur nous un grain énorme que l’on suivait au loin. On chercherait d’ordinaire à éviter ce type d’orages, mais après l’absence de vent de ces derniers jours ils sont maintenant une bénédiction ! Pas exactement pour les mêmes raisons que Brassens, mais l’on se retrouve nous aussi à faire les yeux doux au moindre cumulus.

En quelques minutes nous passons de 3 à plus de 30 nœuds. Un mur d’eau bouchant l’horizon se referme autour de nous, et la mer, balayée par les rafales de vent, se couvre d’une légère brume donnant l’impression de danser sur des nuages. Debout à la barre dans ce décors irréel, peu importe les trombes d’eau, on est heureux. Et le bateau aussi.

 23 avril – Arrivée

Les conditions météos se sont montrées difficiles jusqu’au bout. Après plus d’une dizaine de convoyages vers Salvador, c’est la première fois qu’Alex rencontre une telle absence de vent dans cette région. Il nous a finalement fallu près d’une semaine pour parcourir une distance que l’on aurait normalement dû couvrir en seulement 2 jours. On a même tenté de contacter par VHF quelques cargos croisés sur la route pour qu’ils nous lancent un jerricane d’essence par-dessus bord, et accosté un petit bateau de pécheurs brésiliens. Sans succès… Heureusement les nuits nous offraient parfois de petites brises permettant d’avancer un peu après les journées à stagner sous le soleil.

Si l’on avait aperçu les côtes un peu au sud de Recife, cela faisait maintenant plusieurs jours que nous en étions éloignés mais cette nuit, vers les 2h du matin du matin, après avoir évité quelques plateformes pétrolières, nous avons finalement retrouvé la civilisation et pu admirer la ville et ses tours illuminées. Contournant la pointe de Barra, et entrant dans la Baie de tous les Saints, nous avons finalement amarré notre Bénéteau au ponton de la Marina de Bahia au petit matin. Mission accomplie, après un peu plus d’un mois à bord et environ 5600 miles nautiques parcourus (10.000 kilomètres et des poussières).

J’en ressors avec les mains calleuses, endurcies d’une épaisse couche de corne, un teint halé (je n’irai pas jusqu’à dire « bronzé », je pars de loin ! ) ; 2 ou 3 kilos en plus, car malgré les efforts physiques on avait pour habitude de bien manger (ce qui me donne un peu plus de marge, car j’avais perdu près de vingt kilos à chacun de mes longs voyages) ; avec également une bonne base de connaissances en voile, même si le chemin est encore long pour être apte à naviguer seul ; un bilan carbone probablement très faible pour un France-Brésil (je dois avouer que cela n’entrait pas vraiment dans mes considérations, mais finalement c’est bien aussi, ça compense ma conduite peu eco-friendly à moto). J’en sors enfin, et ce n’est pas rien, avec les pieds sur le continent sud-américain, prêt pour de nouvelles pérégrinations, dont la durée et le parcours me sont encore inconnues. Je vais commencer par profiter de Salvador de Bahia, du retour à terre, de la liberté de mouvement, des rencontres. Pour la suite je me laisserai porter par les envies, les conseils, les gens croisés en chemin. Si d’ailleurs vous avez des coins à me suggérer, des plans à ne pas manquer, des amis sur place vers qui m’orienter, n’hésitez pas à m’écrire, je suis preneur !

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Mindelo, Cap-Vert

Arrivé au Cap-Vert le jour de mon anniversaire, ce dimanche 5 avril vers 16h ! Les derniers 20 milles ont été musclés, le vent s’engouffrant entre les îles et passant soudainement de 15 à 30 nœuds. Il nous a même arraché la grand-voile. La drosse d’enrouleur a cédé, libérant la toile qui s’est mise à claquer au vent alors que la bome se balancait de tous côtés. On l’a rentrée, ré-attachée, on a réduit la voilure et pu finir les derniers kilomètres jusqu’au port de Mindelo à filer vent de travers.

L’approche des côtes et de la ville est impressionnant. L’île donne une impression de terre désolée et oubliée du reste du monde. Les paysages sont désertiques, la ville minuscule, pleine de hangars et de constructions à l’abandon. Le port, tout petit, est superbe. On est très loin de la modernité des Canaries. C’est un beau cadre pour célébrer ses 30 ans. Être en mer et rejoindre cette île perdue, vibrant de musique et de traditions. L’apéro avait commencé un peu avant l’arrivée en débouchant une bonne bouteille de vieux rhum offerte par Sarah et Othmane à Noël, que j’avais gardée pour l’occasion (merci!). Il s’est continué jusqu’au milieu de la nuit. Bon repas de poisson (dont les eaux entourant le Cap-Vert sont gorgées) devant un groupe musique trad. Puis on a écumé tous les bars de la ville ouverts un dimanche soir, à gouter les eau-de-vie et liqueurs locales, jusqu’à ne plus tenir. Pleins de rencontres, de musique, de fête, de courses de taxi d’un bout à l’autre de la capitale. Très bons souvenirs donc de ce passage dans la trentaine. Demain départ pour Salvador de Bahia, dernière étape de cette traversée, qui devrait nous prendre environ 2 semaines. Je vais donc me reposer pour récupérer de la soirée d’hier, et me préparer à reprendre la mer.

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Journal de bord : Canaries – Cap-Vert

Pas d’évènements particuliers à signaler durant cette traversée Canaries – Cap-Vert. On a navigué au portant avec des vents assez stables, en général entre 16 et 22 nœuds, qui nous ont permis de rejoindre Mindelo en 5 jours. La houle s’est calmée, les températures sont remontées (celles de l’eau également, j’ai pu piquer une tête au Cap-Vert), le temps se dégage et je prends mes premiers coups de soleil. Je suis de plus en plus à l’aise à bord, je commence à bien sentir le bateau. Alex me laisse donc plus de responsabilités maintenant qu’il me sent autonome dans les réglages des voiles et du pilote. Il est aussi beaucoup plus souple au fur et à mesure qu’il me voit progresser.

Pour décrire un peu le quotidien voilà un échantillon des petits plaisirs de la vie sur le voilier : les bonnes bouffes (on n’est loin du régime à base de plats lyophilisés ! on a une grande cuisine, un frigo, un congélateur, pleins de provisions de viande et de légumes pour se préparer de bons petit plats) ; arriver à trouver le rythme parfait quand on barre, en lofant et abattant synchronisé avec la houle, la prise de vitesse en descendant chaque vague est jouissive) ; le gout de sel en se léchant le bout des doigts (c’est devenue une manie !) ; se siroter une bière sous le soleil, avec l’océan à perte de vue et le seul bruit des vagues et du vent dans la toile ; rêver (probablement à cause du sommeil fractionné, aux horaires toujours changeants, on se rappelle de presque tous ses rêves, qui sont en général beaucoup plus intenses que ceux à terre ; presque tous les gens passant longtemps en mer constatent ce phénomène) ; voir apparaître les côtes d’une île à l’horizon ; croiser un énorme cargo/paquebot de plus de 300 mètres à faible distance, impressionnant ; les animaux qu’on rencontre (beaucoup de dauphins, des oiseaux, qui viennent parfois se poser sur le bateau, des poissons volants,…) ; la musique à fond sur le pont (la sono du bateau a deux grosses enceintes à l’extérieur en plus de celles dans le carré) ; la clarté des étoiles ; …

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Santa Cruz, Tenerife

Deux jours d’escale aux Canaries, sur l’île de Tenerife. Cette pause est la bienvenue, on laisse temporairement la vie rythmée par les quarts, et l’on profite d’un peu de confort, comme d’une douche longuement attendue ! Cela faisait 8 jours sans se laver, à garder les mêmes vêtements imbibés de sel. C’est donc un vrai bonheur de se rincer à l’eau douce puis d’enfiler un tee-shirt propre. C’est la première chose que j’ai faite en arrivant, et, debout dans la cabine des sanitaires, j’ai soudain eu la nette impression que tout tanguait, que j’étais encore sur l’eau. Il s’agit du mal de terre, apparemment fréquent. Une sensation assez surprenante, mais pas désagréable, que j’ai gardé pendant la presque totalité de l’escale.

Après s’être occupé du bateau (nettoyage du pont, de l’intérieur, protection des barres de flèches, avitaillement, remplissage des cuves d’eau,…) et promené dans les rues de Santa Cruz, on a bien arrosé notre première soirée à quai avec Jean-Luc, un voisin de ponton gipsy des mers/prof de philo. Le deuxième jour nous a permis de faire le tour de l’île, aux paysages très variés, avec une voiture de location. De jolies plages de sable fin, des falaises abruptes, des zones tropicales, pleines de palmiers et de verdure, de vielles villes coloniales aux maisons bariolées et à l’atmosphère paisible, des forêts de pins, des régions plus désertiques, aux tons ocres, lorsqu’on monte en altitude. On a même trouvé de la neige en rejoignant le pic Teide, un volcan culminant à 3700 mètres, d’où l’on profite d’une belle vue dégagée sur la mer et les autres îles de l’archipel.

Le plus marquant reste néanmoins les petits détails anodins de la vie quotidienne. Les parfums des gens, de la ville, de la nature, l’animation dans les rues, la communication (si l’on est trois sur le bateau, on ne passe au final pas tant de moments ensemble vu qu’on se repose en dehors de nos quarts). L’espace est également frappant, car même sur un confortable voilier de 16 mètres, on reste tout de même confinés à une vingtaine de mètres carrés. Tout cela rend le retour à terre saisissant, presque irréel.

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Journal de bord : Sables d’Olonne – Canaries

Samedi 21 Mars – Larguez les amarres !

Enfin le départ, en ce jour de nouvel an perse, je vois ça comme un joli clin d’œil pour cette aventure qui commence. Une croyance veut que prendre la mer un vendredi soit de mauvais augure. C’était le jour initialement prévu pour quitter le port, mais des réparations sur le moteur nous ont obligé à décaler au lendemain. Même sans y accorder trop d’importance je me dis que c’est bon signe ! Parmi les autres choses à éviter en mer j’ai appris cette semaine qu’il ne fallait pas : porter du vert, siffler, prononcer le mot lapin. J’essaierai de m’en rappeler !

Ces 5 derniers jours à vivre et travailler au port ont permis de découvrir le monde des professionnels de la mer. Un milieu brut et chaleureux, dans lequel on se sent immédiatement accueillit. Repas de poissons frais tous les midis à côté de la criée, le soir dans les bars et restaurant le long des quais, où l’on retrouvait les même visages que ceux croisés plus tôt sur les pontons. Skippers, pécheurs, mais aussi préparateurs, équipementiers, techniciens,… En cette période de l’année peu de plaisanciers fréquentent la marina (j’ai d’ailleurs découvert que la moyenne de sortie des bateaux était de seulement 3 jours par an), on y trouve donc seulement les gens qui y travaillent

Après cette semaine à préparer et avitailler le bateau, nous voilà donc quittant le port, un verre de rhum à la main, sous les regards des passants amassés sur la jetée. Le ciel s’est dégagé juste avant notre départ, après 2 jours gris et pluvieux, pour laisser place à un grand soleil et à une vue dégagée, comme pour nous souhaiter bonne chance pour le mois de navigation qui nous attend jusqu’aux côtes brésiliennes.

Dimanche 22 Mars – Humilité

J’ai pris avec moi un petit ordinateur, rempli de films et de musique, une dizaine de bouquins (merci Rémi pour ceux que tu m’as offert avant le départ), ma trompette, quelques partitions, un petit jeu d’échecs et de backgammon, et même un peu de boulot sur lequel je penser pouvoir me pencher (les fameux articles à finir après sa thèse, ça parlera aux docteurs). Au final tout cela s’avère bien superflu, du moins pour l’instant, car le rythme est soutenu et les rares moments  libres sont mis à profit pour de courtes siestes permettant de reprendre des forces. Peut-être qu’une fois portés par les alizées et dans la chaleur de latitudes plus clémentes nous aurons plus de temps pour nous relaxer, mais ici dans le golfe de Gascogne ça ne plaisante pas ! Pour vous faire une idée des festivités nous alternons à 3 des quarts de 3h la nuit, et de 4h le jour. Mon premier jour par exemple, j’étais en poste de 20h à 23h, puis de 5h à 8h, 16h à 20h, 2h à 5h, etc. Avec cette rotation les horaires changent chaque jour, et étonnement, moi qui ai d’habitude de gros problèmes de sommeil (tant pour me coucher que pour me lever), je m’adapte très bien. Je m’endors rapidement à la fin de mes quarts, et me réveille souvent quelques minutes avant que mon alarme sonne. Du moins quand je n’ai pas été éjecté de mon lit pendant mon sommeil. Car si j’ai hérité de la grande cabine avant, la plus spacieuse, elle s’avère être aussi la moins confortable. Celle où les mouvements sont les plus présents. Lorsqu’une gite importante s’additionne de chocs verticaux au passage d’une vague je me retrouve souvent propulsé par terre, dans les espaces de part et d’autre du lit. Les cabines arrière, plus petites, ont un matelas couvrant toute leur largeur, ce qui évite ce genre de désagréments… Je dors depuis perpendiculairement au lit, tout à l’avant, de sorte d’avoir la tête et les pieds en appui (ce qui ne m’a pas empêché d’être éjecté une ou deux fois de plus par gros temps).

A bord nous sommes 3. Alex, le skipper, la quarantaine, Camille, son second, venant tout juste de fêter ses 30 ans, et moi. Camille est sympa, détendu. Il prend néanmoins le boulot sur le voilier à cœur car il veut se professionnaliser. Après avoir passé son diplôme pour travailler dans la marine marchande (une formation ouvrant aussi bien sur les métiers de skippers, de pécheur, que sur des postes à bord de cargos de fret), il cherche maintenant à accumuler de l’expérience. C’est sa deuxième transat, l’autre remontant à quelques mois auparavant, avec le même skipper. Lui (Alex), est un peu moins détendu ! Pour le coup on se rapprocherait presque de la rigueur militaire. Marin depuis plus de 20 ans, 25 transats à son actif, il a beaucoup d’expérience mais ne mets pas les formes. Sa pédagogie est assez directe : le capitaine ordonne, les équipiers s’exécutent ! En discutant avec quelques autres personnes ayant embarqué comme équipiers, ce type d’autorité de la part des capitaines semble être la norme, mais je soupçonne tout de même le mien d’être dans la tranche supérieure en termes de rigidité ! Je peux comprendre les raisons de cette attitude cependant, car des équipiers peu expérimentés font des erreurs, qui peuvent couter très cher sur un bateau. Par la suite j’ai d’ailleurs remarqué qu’il assouplissait, donc je pense que ces débuts intransigeants sont sa manière de faire comprendre qu’il y’a des responsabilités en mer, que la sécurité prime. Du coup on fait de son mieux, on reste très vigilant à la veille (repérer les cargos et autres dangers à éviter), aux réglages des voiles et du cap (un empannage par gros temps pourrait exploser la bôme et même le mat), et à toutes les autres consignes. Des fois on se loupe malgré tout, et on se fait engueuler ! Mais c’est formateur, j’apprends beaucoup. C’est flippant aussi par moments, quand on est par exemple seul à la barre dans le golfe de Gascogne, en pleine nuit, avec des creux de 4 mètres, des grains, et des vents de 40 nœuds. Donc on accepte de se faire remettre à sa place quand on a merdé, et on s’améliore.

Je dresse le tableau des moments difficiles, de la rigueur à bord, car cela m’a pas mal surpris, n’étant pas habitué à l’autorité et aux règles, mais il y’a évidemment un tas de moments plus détendus, comme lorsqu’on se prend un apéro au coucher du soleil, que l’on se retrouve tout seul sous les étoiles, à surfer des vagues de 2 mètres pendant que des dauphins jouent aux côtés du voilier, passant d’un bord à l’autre de la carène et plongeant hors de l’eau comme pour nous saluer. Ou lorsqu’on profite du calme de la nuit pour méditer, de la bonne musique dans les écouteurs, une clope au bec et un mug de thé chaud à la main. Je passe de bons moments en somme et ne regrette pas d’avoir embarqué!

Lundi 23 Mars – Accident

Alors que le temps grossissait, Alex a décidé d’abattre la grand-voile et de ne naviguer que sous génois (la voile d’avant). Soucis, un des haubans (les câbles métalliques retenant le mat) s’avère beaucoup trop lâche. Il a donc envoyé Camille en haut du mat avec un baudrier et des outils pour retendre la pièce, mais un gros mouvement du bateau au passage d’une vague l’a projeté dans les airs. Ballotté de toutes parts par le cordage qui le reliait au sommet du mat, il s’est mis à partir dangereusement en spirale tout en prenant de la vitesse au fur à mesure que le bout s’enroulait dans les étais. Il a fini par percuter violemment une barre de flèche, en réussissant tout de même à s’y accrocher au passage. Impressionnant choc, Camille ne bouge plus, agrippé de son mieux à sa prise. On voit du sang sur son visage, et il pense s’être cassé le poignet et l’épaule qu’il ne peut plus bouger. On réussit néanmoins à le faire descendre grâce à un deuxième harnais, non sans stress car toujours dans une mer agitée. Après l’avoir installé à l’intérieur, ausculté et soigné, le bilan s’avère moins grave que l’on ne craignait. Il s’est arraché un petit bout d’oreille, a de gros œdèmes à l’omoplate et au poignet, mais apparemment pas de fracture.

On venait tout juste de passer le cap Finistère, à la pointe de la Galice, et l’on longera les côtes portugaises pendant plusieurs jours, donc Alex et Camille ont décidé de le laisser au repos, sous morphine/anti-inflammatoires, et de voir comment son état évolue dans les prochaines 48h pour s’arrêter si besoin dans un port.

Jeudi 26 Mars – Intense

Ces derniers jours ont été éprouvants. Camille est alité depuis son accident, l’épaule maintenue par une corde, et une attelle improvisée au poignet, mais il semble récupérer doucement. Par contre nous ne sommes maintenant que 2 pour naviguer et s’occuper des autres taches de la vie à bord. Le repos n’est donc pas de la partie. J’assure depuis lundi 12 à 14h de quarts par jour. C’est épuisant physiquement mais pas désagréable, ça permet de progresser rapidement aux manœuvres, à la barre, et d’avoir beaucoup de temps seul en charge du navire. Ça a également changé les rapports avec Alex, qui maintenant ne peut plus compter que sur moi, et se montre beaucoup plus prévenant et pédagogue. Seuls les réveils sont difficiles. Bien emmitouflé dans son sac de couchage, manquant de sommeil, il est dur de réunir l’énergie pour enfiler ses multiples couches de vêtements et aller affronter le froid pour de longues heures. Pour vous faire une idée, je m’habille tous les jours d’un tee-shirt, d’un sous-pull, puis d’un pull, d’une polaire, d’une veste de montagne et d’un coupe-vent imperméable pour le haut. Pour le bas j’ai deux paires de chaussettes (avec une seule j’ai les doigts de pieds glacés), des collants de ski, un jean, et un pantalon ciré par-dessus. J’ajoute enfin un bonnet, un tour de cou, des gants et je suis paré pour sortir! Tout cet équipement n’est pas de trop, car même ainsi il m’arrive souvent d’avoir froid. Les thés, cafés, encas, et courts passages à l’intérieur aident à tenir. Autant dire que j’ai hâte de rejoindre les Canaries et les Cap-Vert pour trouver des températures plus favorables !

Cela ne devrait pas trop tarder car on tient de bonnes moyennes. On a eu des vents entre 30 et 40 nœuds pendant toute la descente des côtes portugaises, ce qui nous a permis de garder des vitesses autour de 8/9 nœuds rien qu’au génois (qui plus est à moitié enroulé, donc en n’utilisant qu’une très faible portion de la surface de voile disponible). Depuis qu’on a ré-envoyé la grand-voile hier on est passé à des moyennes de 10/12 nœuds, avec des pointes à plus de 20. A ce rythme on devrait atteindre les Canaries samedi, et à partir de là ce devrait être plus tranquille. Moins de houle, mois de vent, moins de froid, et Camille qui pourra probablement reprendre part à la vie sur le bateau.

Lundi 30 Mars – Pied à terre

Nous sommes finalement arrivés aux Canaries dimanche soir, vers 2h du matin. La fin de cette première partie du voyage s’est bien passée, malgré quelques boulettes de Camille et moi. Lui, qui a repris du service depuis 2 jours, a empanné violemment, moi, après avoir vu son erreur la veille, ai voulu éviter la même situation lors d’un brusque changement d’angle du vent, mais ai viré bien trop fort, jusqu’à me retrouver face au vent et changer d’amure. Un petit 360 degrés, qui se visualise par une jolie boucle sur la trace GPS ! Le genre de manœuvre qu’il vaut mieux éviter…

Environ 1580 milles nautiques parcourues depuis le départ, soit près de 3000km. Heureux de poser le pied à terre. Nous resterons 48h, puis route vers le Cap-Vert, dernière escale avant le Brésil.

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A  caminho do brasil

Sables d’Olonne. 16 janvier. Port prestigieux d’où partent tous les 4 ans quelques dizaines de skippers chevronnés pour le Vendée Globe. Une course en solitaire, sans escale ni assistance, consistant en un tour du monde sous les hautes latitudes. Seule la moitié des navigateurs arrivent en général à boucler la course et à revenir ici, près de 3 mois plus tard. Les 40émes rugissants et 50émes hurlants ne portent pas leur nom par hasard. Les conditions sont souvent extrêmes, et les casses, accidents ou naufrages fréquents.

De mon côté je m’engage pour une aventure à la voile moins éprouvante, mais qui devrait être une belle première expérience : une transatlantique entre les Sables d’Olonne et le Brésil, à bord d’un monocoque de 16 mètres. Le bateau, un Oceanis 55, vient de sortir des chantiers navals Beneteau et doit être livré à son acheteur, à Salvador de Baia. Nous embarquerons pour ce convoyage à 3, le skipper, son second, et moi.

Dans mes précédents grands voyages, j’avais choisi de me déplacer uniquement par la route, une façon de voyager qui permet de sentir les kilomètres parcourus, de laisser la place aux imprévus, de prendre le temps de découvrir les endroits traversés en chemin. La destination importait peu au final, elle ne donnait qu’un cap général, qu’il était toujours possible de changer par la suite. Je voyais ainsi les paysages, les cultures, et les mentalités changer progressivement, faisant du voyage une douce transition, naturelle, et non le passage brutal d’un mode de vie à un autre, de son environnement quotidien à un pays lointain que tout oppose.

Après avoir bien écumé durant deux années sabbatiques l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie (les liens vers les récits/photos de ces voyages sont dans le menu si ça vous intéresse), j’avais envie pour ce nouveau départ de découvrir d’autres régions. Je me suis décidé pour l’Amérique latine. La grande majorité des Chiliens, Colombiens, Argentins et Vénézuéliens que j’ai rencontrés jusqu’à maintenant m’ont donné un très bon apriori sur la région et les gens qui y vivent. La vie ne devrait pas y être trop chère, et n’ayant pas vraiment d’économies c’est un facteur qui entre aussi en jeu. La langue sera enfin un gros plus car, s’il faudra certes que je repratique un peu mon espagnol rouillé, je ne doute pas de pouvoir communiquer convenablement assez vite. J’ai souvent été confronté à la barrière de la langue dans les régions que j’ai traversées, qui freine beaucoup la découverte d’un pays et les rencontres, ou en tout cas les limite aux franges les plus éduquées de la population, aux gens parlant une deuxième langue. Là-bas je n’aurais pas ce problème, à part peut-être au Brésil, mais il sera toujours plus facile d’apprendre quelques bases de portugais que cela ne l’était pour l’ouzbek, le mandarin, ou le perse.

Destination l’Amérique latine donc. M’y rendre par la mer s’avère une bonne façon de continuer sur ce mode de voyage, en éprouvant les distances plutôt qu’en se retrouvant catapulté d’un coup d’avion. La traversée de l’Atlantique sur un voilier, qui me fera naviguer pendant près d’un mois, devrait en soi être une belle expérience. Cela permettra aussi de me former, car si j’ai passé un peu de temps sur des bateaux étant plus jeune, mes compétences en navigation sont très sommaires. Je me sentais attiré par l’univers de la voile depuis quelques temps, en projetant de m’y mettre un jour, ce sera donc l’occasion d’apprendre. D’autant que le meilleur ami de mon père, marin et constructeur de voiliers, s’apprête à partir naviguer autour du monde pour plusieurs années, et se sépare d’un petit voilier de 6m50 qu’il a accepté de me donner. J’espère donc accumuler de l’expérience afin de le prendre en main à mon retour. Pour avoir au moins quelques bases théoriques et être en règle quand je serai sur mon propre bateau j’ai passé avant le départ mes permis: le côtier, l’hauturier, ainsi que le certificat de radiotéléphoniste, nécessaire pour pouvoir utiliser les instruments de communication à bord. Je me suis aussi un peu documenté, en lisant quelques bouquins techniques, et des récits de navigateurs. Puis me suis logiquement mis à la recherche d’une place d’équipier sur un voilier en direction des Antilles ou de l’Amérique du Sud (étant souvent questionné sur ce point, j’ai rédigé dans la rubrique « pratique » un petit guide pour ceux qui souhaiteraient se lancer, avec des conseils pour trouver un embarquement). Après quelques déconvenues, j’ai finalement trouvé cette proposition de convoyage France – Brésil, et me voilà donc en ce lundi 16 mars arrivant sur le port, en route vers l’inconnu.

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